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Interview

 > Rencontre avec le quartet 4/4 cm3

Andy Emler – Philippe Sellam – Francis Lassus – Linley Marthe


Uddj
- Quelle serait votre définition du mot jazz ?
Andy Emler
– Vaste programme… J’ai souvent l’habitude de penser que c’est plus une histoire d’attitude que de style de musique. Est-ce qu’il faut mettre une étiquette sur tout ce que l’on entend. C’est toujours le problème de pas mal de gens qui ont besoin de cataloguer et de mettre des étiquettes. Ce que vous avez entendu ce soir pour nous c’est la musique qu’on pratique et puis ça peut avoir des influences qui viennent du rock, du jazz… Il y a le comportement d’improvisateur. L’improvisation on l’a appris par le jazz. Mais elle existait dans le classique aussi. Il n’y a pas vraiment de définition, c’est plus un comportement de musicien qu’un style. Dans la tête des gens c’est souvent une image très précise d’un style de musique très précis. Appeler ça musique vivante d’influence jazz du 21ème siècle… je sais pas s’il faut mettre une étiquette. Je n’ai pas vraiment de définition pour le mot jazz. Plutôt un comportement qu’un style.
Philippe Sellam
– C’est plus une attitude, une manière d’écouter les autres. Il y a de l’improvisation, c’est ça qui est important. Après les supports musicaux sont assez vastes. Pour nous c’est tout ce qu’on aime, pas que le jazz. Autour de ces bases, on développe notre truc à nous et on part de ces bases pour faire principalement de l’improvisation.
Uddj
– Quel est votre rapport au public ? Vous cherchez à les faire réagir ?
Andy Emler
– Réagir ou pas réagir. Chacun réagit en fonction de ce qu’il entend, si ça le touche ou pas. C’est une histoire d’émotions personnelles. Personnellement j’aime la fête par la musique et la musique par la fête. On peut faire des choses très sérieuses et ne pas se prendre au sérieux. La communication avec le public c’est aussi un moment de fête, sentir des réactions. Parfois il y a des gens qui ne réagissent pas du tout et ce n’est pas grave. Le public peut être attentif et peut prendre autant son pied qu’un public qui va réagir. Il se trouve que nous on aime bien créer des jeux comme ça, parce qu’on fait aussi pas mal d’interactions rythmiques ou vocales avec le public, ça permet d’avoir un instrument supplémentaire de l’orchestre. Quand on installe un tapis comme ça avec 300 personnes, c’est un son. Et à partir de là on peut faire un espèce de sample en direct et on s’en sert comme d’un instrument et on délire par dessus, on joue par dessus. C’est bien qu’il y ait de la communication de toute façon. C’est aussi une manière de ne pas se prendre au sérieux et puis d’être décontracté, de se faire plaisir aussi. Il n’y a qu’à voir l’enthousiasme des musiciens et du public après. Quand des 2 côtés il y a le même feeling comme ça qui ressort, c’est que visiblement il y a eu un moment d’alchimie, un moment d’unisson qui s’est crée. Dans ce cas là, on est content du moment.
Uddj
– Comment êtes-vous venu au jazz ?
Andy Emler
– Je crois qu’on a tous un peu le même background quelque soit le chemin parcouru. Ce sont des écoutes de disques, des rencontres humaines. C’est-à-dire j’entends un gars qui joue, je vais le voir… on joue ensemble ? Pendant que j’étudiais l’écriture classique, je faisais guitariste de rock dans les bals du samedi soir. On a tous fait pas mal de choses différentes. La pratique de jouer en groupe c’est un tel plaisir, c’est une drogue. Quand on prend son pied à jouer en groupe, on fait des groupes. On remonte des projets, on refait des groupes. On remonte des projets… On essaie toujours d’en faire d’autres différents. C’est un plaisir de jouer en groupe. Le gars qui bosse chez lui tout seul tout le temps peut être un très grand virtuose, c’est un pied qu’il ne rencontrera jamais s’il ne joue pas même en duo une fois dans sa vie. Je crois que Philippe a un autre parcours et en même temps ça n’empêche pas les rencontres. Il se trouve qu’on joue en duo ensemble, qu’on se retrouve dans des grandes formations, ou dans un quartet comme ça. Chacun a un parcours différent. Il y a des moments de rencontres qui créent des complicités. Et quand ces complicités s’acheminent vers un même chemin à un moment ou à un autre ça peut donner cette notion de groupe.
Philippe Sellam
– C’est sûr qu’on a des parcours différents mais l’envie est la même. Le parcours, c’est la formation , comment on a appris la musique, en autodidacte ou avec un prof… C’est une manière d’arriver à ce qu’on a envie de faire au bout du compte. A savoir c’est de jouer, de se faire plaisir, de rencontrer des gens. C’est l’expérience humaine de rencontre. Et le truc c’est ça en fait. C’est vers ça qu’on a envie d’aller. On se rencontre parce qu’on a des goûts en commun et on essaie d’aller plus loin ensemble, je crois que c’est un petit peu le truc.
Andy Emler
– C’est d’abord une aventure humaine de toute façon. Dès qu’il y a improvisation, musique à 2 ou à 15000, c’est une aventure humaine. Quoiqu’il arrive. Si elle nous plaît on avance , si elle nous plaît pas, on passe à une autre. ça arrive que ça nous plaise pas aussi.
Uddj
– Parmi toutes ces rencontres, ces aventures humaines, qu’elles sont celles qui vous ont le plus marqués ?
Philippe Sellam
– Il y a des moments où on a plus le trac, plus la pression, mais je ne pense pas qu’il y ait des gens qui provoquent un déclic comme ça un jour. Je n’y crois pas beaucoup. On construit un travail avec des gens et c’est ça qui fait que ça aboutit à des émotions plus fortes. C’est pas le fait de rencontrer une personne qui va créer un déclic. Je n’y crois pas à ça.
Andy Emler
– C’est l’accumulation de beaucoup de rencontres. Ce n’est pas une spécialement. Avec Francis Lassus, c’est plein de projets différents, une rencontre, un moment. ça se développe dans tel contexte, dans tel autre et puis un moment ça s’arrête, ça va avec quelqu’un d’autre, ça se retrouve, etc… Ce n’est pas une personne qui déclenche une vocation. C’est plein de rencontres comme ça, plein d’alchimies humaines et de moments forts.
Uddj
– Aussi bien lors de la masterclass que lors du concert, on ressent que vous avez la passion de faire partager votre musique aux autres. Comment faîtes-vous passer votre expérience aux autres ?
Francis Lassus
– Ce n’est pas une passion, c’est une nécessité. Une passion, il n’y a que certaines personnes qui peuvent se permettre de se payer une passion. Ça coûte très cher une passion. C’est des vieilles bagnoles, on collectionner des timbres… La nécessité c’est tout à fait autre chose. C’est-à-dire c’est vital. Si il n’y a pas ça, il n’y a pas de musique vivante. Il n’y a pas de vie. La musique ça se partage. La seule chose que l’on doit se dire tous les jours c’est que si l’on fait un acte de musique on doit le partager. On ne doit pas forcément échanger parce qu’il n’y a pas toujours un échange et il ne faut pas non plus aller vers la quête de l’échange fayot, obligatoire et formaté mais simplement dans le sens du partage. Déjà jouer ensemble c’est partager, prendre des risques et puis s’amuser aussi. Passer des moments agréables parce qu’on en a plus beaucoup finalement.
Philippe Sellam
– Je crois que c’est une histoire d’expérience. C’est pas la première fois qu’on fait ça, une approche pédagogique. Il y a des trucs aussi. On sait qu’il y a des trucs qui fonctionnent tout de suite. D’autres choses qui fonctionnent moins mais qui prennent plus de temps. Ce sont des trucs. Il suffit de les appliquer et de se creuser un peu la tête avant aussi pour avoir des schémas de construction de travail.
Francis Lassus
– Tu dis « on est face à des musiciens qui sont là pour apprendre » mais nous aussi on est là pour apprendre. Il n’y a pas de niveaux de ça. Ce sont des degrés d’expérience. Mais l’expérience qu’on met au service d’autres, on se la met d’abord à notre service. Parce que si ça ne marche pas avec nous, ça ne marche pas avec les autres.
Andy Emler
– Quand tu es face à 40 personnes qui font de la musique que tu ne connais absolument pas, qu’est-ce que tu fais ? Nous on essaie de faire en sorte que tout le monde participe à un moment musical et ça nous permet à nous d’entendre, d’avoir un espèce de répondant, de feedback des gens en face. Et en fonction de ce qu’on entend, tiens on pourrait faire ça, ça et ça. Il n’y a pas de méthodes qu’on impose. Il y a des trucs comme dit Philippe et puis en fonction des réactions qu’on entend en face on a envie de faire ça, tiens ça marche bien comme ça, on propose, et puis après les gens disposent, on marche avec, etc… Comme dit Francis, c’est une histoire d’échange.
Uddj
– et donc c’est différent à chaque fois ?
Andy Emler
– Il n’y a pas de méthodes. Chaque être humain est un cas particulier donc si on applique une méthode, on a tout faux. Que les professeurs de musique entendent bien cette phrase !
Francis Lassus
– Disons que la méthode existe déjà. En musique on ne va pas se mettre à inventer des méthodes. La seule chose qu’on va chercher, c’est des terrains de jeux, des terrains du possible pour pouvoir jouer ensemble. Voilà c’est tout. Après les règles de la musique elles sont déjà posées depuis (… sifflement…) l’Inquisition. Nous on arrive après avec la batterie et tout le machin, le truc, c’est un peu festif. C’est un art mineur. Enfin mineur de fond quand même…
Uddj
– Comment trouvez-vous le festival ?
Andy Emler
– je me souviens qu’on a joué tous les 4 à Annecy, qu’on a rencontré des étudiants qui sont venus à ce concert et qui nous ont dit : on aime bien votre musique, et qui nous ont demandé si on serait d’accord pour participer à ce festival. On a dit bien sûr ! Et quand on a vu l’équipe qu’il y a là et comment on a été accueilli et comment ça donne envie de jouer aussi, parce que les gens sont gentils, qu’ils ont envie que ça marche et que tout le monde se bouge le cul et est bénévole. Tout ça donne aussi envie de jouer. C’est une rencontre une fois de plus avec des gars de l’INSA qui sont venus à Annecy et qui nous ont dit qu’ils adoraient ça. Ils avaient vraiment l’envie et donc on a dit pourquoi pas, bien sûr. Et ça s’est bien passé.
Francis Lassus
– Le seul truc, hein entre nous, vous ne le dîtes à personne, c’est qu’ils étaient jeunes (rire…)
Uddj
– Vous avez d’autres projets ? Après des parcours déjà riches, que souhaiteriez-vous maintenant ? Que vous reste-t-il à faire ?
Andy Emler
– J’espère qu’il nous reste des choses à faire. Sinon on est mal. Comme dit Francis, nous on a l’impression de commencer quelque chose. On est pas, ouf heureusement, … Chacun de nous, on est 4, si on devait citer tous les projets qu’on a en tête ou ceux qui sont en cours, ou ceux qui sont déjà réalisés, il faudrait 3 bandes comme celle-là, même si c’est du numérique. Parce que ce ne sont pas les projets qui manquent. Ce qui manque souvent, ce sont les moyens de les réaliser. Souvent il faut se battre et passer, perdre les 2 tiers de son temps à faire autre chose que de la musique pour arriver à réaliser des projets et passer 2 heures de pied comme on a pris ce soir. Parfois ça prend des jours et des jours de négociation, de machin, d’aller à la pêche aux subventions pour monter des associations pour essayer de se bouger sur des projets et il faut savoir que tout ce côté-là existe aussi, qui n’est pas un côté « musique ». Mais je pense que si on se retrouvait dans 15 ans tous ici, tous les 4, on aurait exactement le même discours qu’aujourd’hui, encore envie de faire des choses.
Philippe Sellam
– C’est une histoire de motivation, d’excitation. Avant de jouer, on est content d’être là et c’est ça qui est important. Le projet lui-même il est bien de toute façon, mais c’est ressentir toujours ce côté un peu piquant avant d’aller jouer. C’est ça qu’on recherche tout bêtement après il faut que le projet soit intéressant c’est évident. Mais le truc il est là, c’est de toujours être vif et motivé par ce qu’on fait.
Andy Emler
– Et intègre. C’est facile de jouer les putes, passez moi l’expression, de dire tiens je ne vais pas m’embêter, je vais gagner plus d’argent et je vais faire des trucs qui sont moins passionnants. Mais l’intégrité par rapport à ce qu’on aime faire et se battre pour que ça existe et rester dans cette voie-là, c’est de plus en plus difficile de nos jours et des gens comme Francis, Linley, Philippe et des gens comme vous qui montez ce genre de festival aussi pour que ça existe et pour que des gens comme nous on existe aussi. C’est un tout. Parce que sinon personne n’existe dans tous les cas. Parce que je ne sais pas si vous voyez en télévision ou en radio vous entendez souvent des musiques comme ça ? Jamais… ça prouve bien qu’il y a encore un long combat à mener pour que ça existe et je pense qu’avec la multiplication des chaînes, des télévisions, il faut positiver, être optimiste. Mais c’est aussi grâce à des gens comme vous que des choses comme ça existent. Il faut les développer. Même si ce n’est qu’une semaine de plaisir dans l’année, ça vaut le coup de se battre pour ça. Il n’y en a pas tant que ça…
Uddj
– Parmi tous vos projets, il n’y en a pas un qui vous tient plus à cœur ?
Francis Lassus
– Il y a Raymond Devos qui dit une chose : « je reste jeune parce que si je vieillissais, je risque de mourir. » Tu vois, il y a des familles, tu n’es pas obligé de faire de la musique, tu peux planter des betteraves, je sais pas moi, être instituteur ou que sais-je encore ? Pas président de la république par exemple. Ça, ça ne marche pas parce que c’est vouloir l’immortalité, c’est tout à fait différent. Mais ça, c’est un projet par exemple, mais c’est un projet qu’on partage pas que nous égoïstement. Il y en a beaucoup d’autres qui ont ce projet là et il faut que le monde ait ce projet-là, j’espère. Parce que l’on doit apprendre à mourir pour savoir vivre. Finalement c’est ça le projet et la musique c’est la vie. Alors quel projet, faire quoi, un disque avec Madona par exemple, je sais pas si ça vaut le coup.
Philippe Sellam
– Je crois que le problème c’est que si tu réalises Ton projet de Ta vie, si moi je le fais demain, je suis emmerdé pour les 40 années à venir quand même. Je vais m’ennuyer après. Je préfère repousser le moment où…
Andy Emler
– C’est infini. Jusqu’à notre dernier souffle, si on a l’envie… Les musiciens n’ont pas de retraite, entre guillemet. On ne voit pas un artiste qui se dit du jour au lendemain, j’ai 55 ans, je m’arrête. C’est impossible, je ne vois pas comment…
Francis Lassus
– En plus là quand on joue comme on joue là, on est pas les seuls à jouer dans cette ligne-là mais on n’a pas le temps de faire des projets, on projète tout le temps. On se projète, on est en projection permanente. Faire des projets ce n’est pas la chose qui nous préoccupe le plus. Il y en a d’autres qui s’en occupent. Voyez parce qu’en fait nous on racasse toujours le même oignon. L’oignon ça a plein de peaux, on coupe l’oignon puis on a des peaux, c’est infini, c’est pire que les poupées russes. Les poupées russes, c’est déjà politisé, on en voit la fin. Mais l’oignon jamais. En plus ça brûle les yeux et tout, c’est terrible. C’est la vraie vie. Il faut toujours s’arranger pour manger l’oignon, non pas par la racine mais en évitant de se brûler les yeux (…petit souffle de soulagement…) je suis arrivé à définir mon projet, je pense que j’aurai une subvention pour un truc comme ça (…rire…)
Andy Emler
– ça reste de l’envie de toute façon, de l’enthousiasme.
Uddj
– comment vous situez-vous dans le jazz aujourd’hui où se mélangent de multiples influences (rap, musique indienne, …) , quel chemin voulez-vous suivre ?
Andy Emler
– Il n’y a pas de règles comme dit Francis, c’est une aventure perpétuelle. Si demain on fait des rencontres avec tel musicien à Saint Glok / Remugle en Alaska, on fera rencontrer ce mec-là du patelin de Sendaï au Japon à Monpied / Tabouche et puis avec ça peut-être, il y a une alchimie qui va se passer, qu’on fera autre chose, chacun amènera on grain de sel et sa culture à lui, il n’y a pas de barrière, on cherche pas forcément le métissage à la mode, la world music, mais ça reste une aventure humaine. Si demain tu rencontres quelqu’un et que ce qu’il fait te fait craquer complètement, tu as peut être envie de monter un projet avec lui et voilà.
Francis Lassus
– Il y a truc. Il ne faut pas se tromper. Tu dis le jazz se mélange à d’autres musiques. Il faut revenir à l’histoire, le jazz ce n’est pas un bac à disque. Ce n’est pas un style. Si on n’ pas de style, on n’existe pas en tant qu’individu, on ne s’affirme pas. Le jazz, c’est une musique si tu veux, c’est un microcosme qui est né du mélange et qui est né non pas du mélange pour faire joli mais du mélange dans le sens de s’intégrer socialement. Le jazz, ça vient des mecs qui récoltaient le coton et que l’on traitait à longueur de journées de merde et de pourriture, de rien. Ils étaient comme le rebus de la société et le jazz a été crée justement pour montrer, ce rebus de cette société-là a dit : regardez nous, avec élégance, foi et conviction nous allons inventer avec votre propre vocabulaire un nouveau langage. Donc si vous, blancs, occidentaux, européens, vous êtes capables d’entendre ça, vous serez peut-être capable de vous libérer vous-mêmes de vos chaînes. C’est ça le jazz. C’est LE mélange. Alors quand j’entends dire des imbéciles payés 35000F / mois pour faire de la télévision qu’on mélange le jazz, qu’il y a des mecs qui font style jazz, style rock, ils ont rien compris. Parce que sans le jazz, il n’y aurait pas eu cet exemple-là qui a fait les Rolling Stones, qui a fait que 4 anglais complètement fliqués, cathos, coincés dans leur costard trop petit se sont mis à jouer de la musique en imitant qui ? Les Noirs… Et que ça, ça a crée l’industrie du disque et que ça a crée d’énormes bénéfices. Que nous, on existe pas par rapport à ce rapport là d’argent, d’investissement. On ne vends pas des millions de disques nous et en même temps on ne cherche pas à le faire. Nous ce qu’on veut, c’est jouer, faire des ateliers comme cette après-midi, c’est être en vie quoi.
Andy Emler
– Etre en vie voilà, tout simplement.
Francis Lassus
– Parce qu’on peut être en vie mais mort. Et il y en a qui sont morts et qui sont encore en vie. Exemple : Mozart, Bach, Thelonious Monk, Charlie Parker, Billie Holiday sont morts mais sont vraiment en vie. C’est ça la différence…enfin pour moi.
Uddj
– Des conseils pour les musiciens en herbe ?
Andy Emler
- Faîtes-vous plaisir ! La musique doit rester un plaisir. Si c’est une contrainte sans jamais de plaisir, c’est difficile. Tout acte de création doit rester un plaisir. Même si il y a de la création ; ça ne veut pas dire qu’on doit se prendre au sérieux. ça doit rester un plaisir. Comme étudier la musique aussi. Les occidentaux sont très en retard là-dessus. C’est pour ça qu’on fait des ateliers comme ça. C’est qu’on a envie de transmettre et de montrer qu’avec peu de moyens, on peut faire des choses.
Philippe Sellam
– Et puis qu’il y a un plaisir direct, immédiat. Ce n’est pas 5 ans à regarder son instrument, apprendre à lire des notes et puis peut-être qu’un jour on va jouer… mais on va s’ennuyer au bout du compte. Donc le but c’est de s’amuser tout de suite et d’y prendre plaisir.
Andy Emler
– Quand on fait des stages ou masterclass comme ça, on amène cette notion d’improvisation de musique en liberté. Ce n’est pas du tout pour remplacer une éducation qui existe telle qu’elle est. C’est un additif. Il y en a qui enseigne le solfège, le classique, le jazz… comme ils ont appris sans se poser la question de qui ils ont en face. On parlait de méthode tout à l’heure, ils ne se posent pas la question. La notion de plaisir est importante et nous on arrive, on rajoute à ça peut-être autre chose. Et c’est peut-être le mélange de toute cette éducation qui passe aussi par la contrainte, apprendre à lire ce n’est pas inutile non plus. La musique en liberté non plus, faire les deux en même temps, jouer en groupe, apprendre un instrument, c’est un tout.
Philippe Sellam
– C’est un complément, ce qu’on apporte. On n’apprend pas aux gens à jouer d’un instrument au niveau technique, parce que d’abord on intervient pas assez longtemps, mais c’est une fenêtre qu’on ouvre, on leur donne un aperçu de ce qu’ils peuvent faire aussi, d’autres choses.
Andy Emler
– Les rappeurs n’ont pas eu besoin d’aller au conservatoire pour faire du rap et c’est une des industries musicales qui marche le mieux dans le monde. C’est quand même un exemple comme quoi tu peux faire de la musique avec peu de moyens, sans passer par x années d’études. Moi je l’ai fait par passion, parce que j’aime la musique classique, alors j’ai étudié l’écriture pour apprendre à écrire dans les styles de Debussy, Ravel ou autres. C’est pour ma culture personnelle. J’ai eu grand plaisir à suivre cette voie-là, mais çà ne m’empêchait pas de prendre ma guitare et d’aller faire les bals et de faire guitariste de rock le samedi soir. Ce qui peut paraître complètement opposé et pourtant le plaisir de jouer en groupe d’un côté et celui de la connaissance de l’autre, c’est mon chemin à moi. Maintenant chacun est libre. A chacun son chemin comme dirait Tonton David…
Propos recueillis par Js
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